Interview Santé et Microbiote

 

CONNAITRE L’ETAT DE SON MICROBIOTE

On en parle de plus en plus : les intestins sont notre second cerveau. Et en fonction de la flore qui les habite, l’état de notre corps et de notre psychisme va en être affecté. Désormais, il existe un test fiable pour savoir quel est l’état de notre microbiote intestinal. Entretien avec Monique Schweitzer, éducateur de santé depuis 2007.
Monique, pouvez-vous nous présenter l’approche que vous pratiquez ?

Je suis réflexologue depuis 1994, et je me suis ensuite formée à l’alimentation vivante à l’Institut Hippocrates, en Floride, où j’ai obtenu mon diplôme d’éducateur de santé au bout de 9 semaines d’études. Puis j’ai découvert l’approche du Dr Bruno Donatini dès 2013. C’est une approche de terrain, qui permet d’aller plus en profondeur, et qui complète mon approche fonctionnelle de l’organisme. Je suis partie du constat selon lequel les personnes qui venaient me voir en réflexologie pour des problèmes de constipation ou de sciatique, par exemple, éprouvaient un mieux-être qui ne durait pas dans le temps. Quelque chose reprenait le dessus. Quand j’ai découvert les travaux du Dr Donatini sur l’implication du microbiote au niveau du transit, j’ai compris. En fait, dans ces cas de constipation, c’est le biote qui reprend le dessus. Et donc c’est le biote qu’il s’agit de traiter en priorité.

Comment se fait un test de microbiote?

En fait, il faut déjà connaître l’état de son microbiote. Pour cela, le Dr Bruno Donatini a mis au point un test respiratoire. La médecine a commencé à utiliser des tests respiratoires depuis les années 1960. L’appareil que nous utilisons aujourd’hui est un détecteur de gaz scientifique (le GAZDETECT) qui est précis au millionième de particule près (ppm). Il était à l’origine conçu pour un usage de détection des gaz chimiques dangereux, mais le Dr Donatini l’a modifié afin qu’il puisse analyser cinq gaz spécifiques. Les fermentations intestinales sont en effet issues de plusieurs familles de bactéries. Le test permet d’obtenir une photographie instantanée de ces familles au moment T.

    Appareil GAZDETECT étalonné tous les 6 mois

On fait donc le test à jeun. Puis on fait boire à la personne une boisson sucrée à base de miel. On attend une heure et demie, 2h et on refait le test. Cela permet de savoir comment le sucre se comporte et s’il a été assimilé. En fait, si certaines bactéries sont présentes, elles le mangent, donc le sucre n’est pas assimilé par l’organisme, et qui plus est ces bactéries créent du gaz lorsqu’elles consomment du sucre.

Par ailleurs, certaines bactéries sont actives à jeun. Cela signifie qu’elles se nourrissent de notre muqueuse, qui est sucrée. Cela crée de l’hydrogène. D’où un terrain inflammatoire de la fin de l’intestin grêle.

Quel est le rôle du microbiote intestinal ?

Dans le côlon, les bactéries sont la fosse septique de la maison. Lorsque l’on mange plus que ce dont on a besoin, elles mangent nos déchets. 90 % des bactéries sont dans le côlon. Le côlon a un rôle social. Les canards n’ont pas de côlon et ils défèquent aussitôt leur repas pris. Nous, si nous pouvons nous retenir, c’est parce que nous avons un côlon. C’est là que se passe la majeure transformation des déchets.

La majorité des bactéries de notre corps se trouve donc, naturellement, dans le côlon. Le problème, c’est qu’avec le temps, nous pouvons en avoir dans l’estomac. En fait, actuellement, 80 % des adultes vont aussi avoir un microbiote dans la région dite haute de leur système digestif (à savoir intestin grêle, duodénum et estomac), et ce dès l’âge de 35-40 ans ! Cela va créer des maldigestions hautes. Un des signes est de ne pas avoir faim le matin. Cela veut dire que l’estomac n’est pas vide. L’estomac devrait se vider toutes les deux heures, sinon c’est qu’il ne se vidange pas correctement.

Il faut savoir que si le sucre est mal absorbé, il va se transformer dans l’estomac en alcool et en vinaigre. Et cela va créer une lie de vinaigre dans laquelle vont venir fermenter des aliments tels que salades, céréales et légumineuses, particulièrement. Cela va entraîner des reflux gastriques, des douleurs au-dessus du nombril, des gastrites, de l’acidité, une œsophagite, une irritation des voies pulmonaires, etc.

Par ailleurs, une des particularités découvertes par le Dr Bruno Donatini est le rétrécissement du duodénum au niveau de sa troisième section, qui est comme pris en pince par deux artères. Il passe d’un diamètre de 15 millimètres à 3-4 millimètres, soit une réduction de 3 à 4 fois sa taille. Cela fait comme un goulet d’étranglement qui favorise la maldigestion haute. Lorsque ça gêne le passage des aliments, cela crée des ballonnements et des douleurs, surtout sous les côtes, à droite. Heureusement, on peut manipuler cette pince duodénale de manière fonctionnelle par ostéopathie ou réflexologie, par exemple, et ensuite valider l’efficacité de la manipulation par le test respiratoire ou par une échographie digestive. Lorsque le rétrécissement de la pince duodénale est moindre et que le bol alimentaire passe mieux, les problèmes disparaissent progressivement.

 

Quelles sont les différentes familles de bactéries qui sont problématiques ?

On en retrouve trois grandes classes :

  • Il y a d’abord les fermentations rapides qui sont dues à la mal-digestion des sucres et qui génèrent de l’hydrogène, comme je viens de le mentionner tout à l’heure. J’ajoute que plus nous vieillissons, moins nous assimilons le sucre, c’est physiologique. A 20 ans, on peut manger et assimiler 200 gr de sucre blanc par jour. A 55, 60 ans, nous n’en assimilons plus que 20 gr ! Donc nous devrions en consommer le moins possible, car sinon ce sont nos bactéries qui vont se multiplier pour pouvoir les consommer. Ces fermentations peuvent générer, au niveau du côlon, des gaz non odorants et des douleurs. Il y a aussi la fabrication du méthylacétate au niveau de l’estomac qui va engendrer, entre autres, une stase de ce dernier et un biofilm (c’est-à-dire une couche de bactéries) au niveau du duodénum.
  • Ensuite nous trouvons la flore méthano-productrice. En fait, il s’agit de bactéries carnivores qui mangent d’autres bactéries. C’est un écosystème : plus on a de moutons, plus on a de loups… Cela crée des gaz odorants et une haleine chargée. Le phénomène d’haleine chargée vient en réalité du côlon, car il faut savoir que 80 % des gaz digestifs sont relâchés dans les poumons.
  • On retrouve également d’autres flores au niveau du côlon sigmoïde. Ce sont des flores carnivores elles aussi et qui relarguent des gaz sulfurés. Un des signes manifestes est d’avoir une haleine qui sent le soufre… À ce moment-là, les choses commencent à se bloquer dans l’organisme et cela va générer des problèmes de constipation, mais aussi de grosses fatigues, voire de la déprime. Car le côlon, sur sa partie transverse, accueille le L-tryptophane, précurseur de la sérotonine, laquelle est parfois appelée hormone du bonheur et qui joue un rôle essentiel dans la régulation de l’humeur, de l’anxiété, de l’appétit et du sommeil.

Mais ces bactéries vont consommer le L-tryptophane. Or comme le côlon permet 80 % de la fabrication de la sérotonine de l’organisme, on comprend maintenant à quel point cette situation peut devenir problématique ! Le manque de sérotonine va créer une fatigue physique et mentale. L’on voit donc comment la digestion est inter reliée à notre santé mentale.

 

Et une fois que l’on a identifié les familles de bactéries présentes, que faire ?

Il y a alors trois axes de travail qui sont proposés :

  • Tout d’abord, l’alimentation, bien évidemment. Ceux qui ont des fermentations liées au sucre doivent en limiter la consommation. Si on n’absorbe pas le sucre, à quoi bon en consommer ? On va travailler sur la digestibilité des aliments et éviter aussi les aliments qui fermentent particulièrement, tels que céréales, légumineuses et certaines salades notamment.
  • Ensuite, il y a l’activité physique. C’est essentiel là aussi. Nous manquons quasiment tous d’activité physique suffisante. Alors qu’à l’origine, nous sommes des nomades, des chasseurs-cueilleurs. Lorsque l’on pratique une bonne séance d’activité physique avec essoufflement et transpiration, cela vide l’estomac. En effet, le corps va aller chercher l’eau qui reste dans l’estomac et l’iléon (dernière partie de l’intestin grêle). En fait en pratiquant suffisamment de sport, on obtient les mêmes résultats qu’en faisant trois jours de jeûne, à savoir de vider son estomac…
  • Puis, il y a la mycothérapie. On se sert du mycélium (racines) de certains champignons, combiné à certaines écorces d’arbre et à des huiles essentielles microdosées, ce qui va traiter le trop-plein de bactéries ou encore les virus. Le choix des mycélia va être déterminé, entre autres, par le type de flore prédominante.

Tout cela va remettre en marche le réflexe gastro-colique, c’est-à-dire la motricité du tube digestif. Quand l’estomac est vide, le côlon peut bien fonctionner. Si ce n’est pas le cas, ça tourne au ralenti…

Vous parliez de salade, mais est-ce à dire qu’il n’est pas bon de manger cru ?

Tout d’abord, il ne s’agit pas de supprimer la salade pour tous, mais de la limiter dans certains cas. Il est vrai que manger des légumes cuits génère moins de sucre, donc moins de fermentations. La cuisson tue virus et bactéries. Ceci dit, l’alimentation vivante a de grandes vertus, c’est indéniable. Mais il s’agit de savoir quel type de cru va être adapté à chaque personne. Ce n’est pas le cru qui est fautif, mais le sucre présent dans les aliments crus. C’est la raison pour laquelle il peut être préférable de « blanchir » les légumes pour les rendre moins sucrés, plus digestes et plus sains ! Par exemple, certains crucifères (choux), céréales, oignons et légumineuses sont très fermentescibles et, pour certaines personnes, il faut dans un premier temps en limiter la consommation ou les blanchir. En alimentation vivante, nous modifions la nature des aliments, des graines et des légumineuses lorsque nous les faisons germer. Ainsi, nous conservons toutes leurs phytohormones, enzymes, phyto-nutriments, et l’oxygène de la chlorophylle. Qui plus est, la germination ralentit le sucre des graines, augmente leur valeur en acides aminés et les rend plus digestes.

Que l’on mange cru ou pas, il s’agit de trouver une alimentation qui limite les FODMAP (différentes classes de sucres Fermentescibles : Oligosaccharides, Disaccharides, Monosaccharides And Polyols). C’est un couple d’Australiens qui a développé cette notion de FODMAP il y a une dizaine d’années (à Monash University). Par exemple, une pomme crue est assez indigeste, car elle fermente beaucoup trop. Par contre la banane, le radis, le concombre ne fermentent pas.

Il est donc évident que les personnes chez qui on trouve de gros problèmes de fermentations auront d’abord intérêt à limiter leur consommation d’aliments crus. Mais une fois que leur microbiote aura été traité, elles pourront y revenir pour le plus grand bien de leur organisme.

Chacun ayant un microbiote différent, il s’agit de revenir à une approche individualisée et personnalisée à chaque cas.

En conclusion, je dirais que lorsque l’on a une bouche propre (à savoir dépourvue de bactéries), un estomac qui se vide et une bonne absorption des sucres dans le duodénum, alors on détient les trois axes de la bonne santé et dans ce cas on peut manger cru, mais en évitant les FODMAP.